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Interview de Nicolas Tonnet

M. Nicolas Tonnet est animateur de recherche dans le service « Recherche et Technologies Avancées » de l’ADEME. Dans ce cadre, il coordonne le programme Thèses  ADEME. De plus, il est le principal coordinateur du nouveau programme Énergie Durable, qui se focalise sur les problématiques énergétiques, aussi bien la production, la gestion,  l’utilisation efficace que l’intégration système et les approches transversales. À ce titre, il échange avec nous sur les Bâtiments à Énergie Positive (BEPos), sur les réseaux intelligents, et de façon plus large sur le bâtiment de demain.

M. TONNET, quelles sont les missions du service Recherche et Technologies Avancées ?

NT : Une des principales missions du service Recherche et Technologies Avancées est de faciliter en interne ADEME la collaboration entre différents services (Bâtiment, Transport et Mobilité, Pollution de l’Air, etc.) et de publier des appels à projets de recherche sur des thématiques transversales.

A ce titre, le programme « Énergie Durable  », doit permettre d’accompagner le développement de technologies et de systèmes innovants. Par exemple, nous avons accompagné et aidé financièrement SOLISART. Pour rappel, l’entreprise a développé un système solaire combiné (SSC) innovant, qui permet non seulement d’exploiter l’énergie solaire pour l’usage d’eau chaude sanitaire, mais également pour le chauffage, avec une solution « clé en main ». Ce système en était à une phase de prototypage et de tests en laboratoire. Les premières simulations étaient satisfaisantes. Nous les avons ensuite accompagnés sur l’amélioration de leur « brique » technologie, ainsi que sur la mesure des performances de leur produit de SSC pour l’habitat individuel. Il s’agit d’une  « success story » avec une petite société qui grandit sur la base de ce projet. Aujourd’hui, SOLISART équipe par exemple les immeubles à énergie positive construits dans le cadre du projet lauréat PREBAT 2 de LOGEAL Immobilière à Malaunay (76).

Parmi les leviers pour parvenir au bâtiment de demain, on évoque souvent le stockage énergétique. Où en est cette solution technologique en 2014 ?

Il existe aujourd’hui une grande quantité de technologies de stockages, toutes encore coûteuses à l’heure actuelle et qui ont chacune leurs caractéristiques propres. Comme pour le bâtiment, on en est encore au stade où l’on travaille sur des technologies isolées.  Des évolutions technologiques sont encore attendues ces prochaines années, cependant certaines technologies suffisamment matures sont en phase de déploiement.

L’étape prépondérante pour ces filières est de se trouver un modèle économique. Chacune scanne peu à peu les différents services qu’elle peut rendre, au niveau du bâtiment, de la mobilité et du réseau énergétique plus largement. Il est nécessaire d’intégrer la fonction stockage d’énergie comme un élément à part entière des réseaux énergétiques, puis d’identifier là où réside sa plus haute valeur ajoutée. Ainsi, le stockage est au cœur des discussions quant au déploiement des véhicules électriques et à leur alimentation : il pourrait à l’avenir faciliter les échanges de flux énergétiques entre le bâtiment et les solutions de mobilités (électriques, hybrides…). L’insertion de ces nouveaux dispositifs énergétiques ne doit pas se faire sans accompagner en parallèle une modification des usages. Ainsi, on ne vit pas de la même façon dans un bâtiment ancien que dans un bâtiment à énergie positive.

Le challenge pour le stockage énergétique réside dans sa fonction, qui in fine décidera de la technologie la plus adéquate à utiliser...

Autre levier souvent mis en avant, comment les réseaux intelligents peuvent aider à répondre aux challenges du bâtiment de demain ?

Historiquement, la notion de réseau intelligent est d’abord arrivée depuis une dizaine d’années via l’aspect « business ». Cependant, on remarque qu’aujourd’hui, il y a un besoin croissant d’information et d’action sur nos réseaux énergétiques aux échelles territoriale et nationale : qui produit, qui consomme, où se situe la panne ? La demande est réelle au niveau de la Collectivité et des gestionnaires de réseaux, afin d’en avoir un meilleur contrôle.

Comme pour le stockage énergétique, il existe une foison de technologies, agissant à des niveaux divers. J’identifie deux enjeux :

  • Comment ces différentes technologies vont interagir et communiquer entre elles ;
  • Répondent-elles au mieux aux attentes de la Collectivité et/ou du territoire, et améliorent-elles le bilan énergétique et environnemental de l'ensemble du système.

Le sujet est peut-être plus avancé que celui du stockage, et différentes expérimentations ont lieu un peu partout en France, à grandeur « réelle ». Elles sont de taille variée, et peuvent aller de la symbiose entre deux bâtiments jusqu’à un projet à l'échelle du territoire.

Les retours d’expérience que nous obtenons petit à petit sont cruciaux. Ils doivent permettre de déterminer comment le réseau énergétique intelligent dans son ensemble peut être la clé de voûte entre les outils de production d’énergies renouvelables, les nouvelles solutions demobilité et les BEPos. La réponse concernera l’ensemble de la société et permettra de définir des solutions généralisables.

© ADEME

Selon vous, que représentera le BEPos en 2020, notamment vis-à-vis des objectifs fixés depuis le Grenelle de l’Environnement ?

Des objectifs forts sont fixés depuis quelques années en effet, on pense notamment aux 500 000 logements rénovés annuellement ou à la généralisation des BEPos d’ici 2020. C’est une chose, mais il y a une seconde marche à ne surtout pas rater.

L’atteinte de l’objectif des bâtiments BEPos ne garantira pas forcément l’atteinte d’objectifs globaux dans le sens où il ne faut pas oublier certaines étapes parallèles et ultérieures. Il est cependant nécessaire de considérer ce bâtiment dans son environnement, de ne pas rester focalisé sur l’échelle du bâtiment seul.

Il faut donc élargir à l’avenir la définition de bâtiment à énergie positive ?

Tout l’enjeu est là. Beaucoup de travail a été fait dans les dernières décennies sur le bâtiment en tant qu’unité. On a réussi à progresser de manière significative sur les techniques de conception, de consommation énergétique, d’isolation, sur les indicateurs énergétiques, etc. Le but est véritablement d’extraire ce travail de l’échelle du bâtiment et de la passer à l’échelle du quartier ou de l’ilot jusqu’au territoire, d’intégrer le bâtiment à un système.
Différentes solutions peuvent avoir une réponse en lien avec le réseau, et avec la mobilité en particulier. Le bâtiment est au cœur de différentes thématiques : il a beaucoup plus à offrir qu’une simple réduction de la consommation énergétique ! Il peut interagir avec le réseau énergétique d’une manière générale, et avec d’autres usages, comme l’industrie, la mobilité. Dans tous les cas, le bâtiment devrait donner lieu à une offre de services beaucoup plus globale que ce que l’on voit actuellement.

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