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Interview de Léoric LE ROY, formateur en génie climatique

Léoric LE ROY est formateur en génie climatique à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la région Ile-de-France, et plus particulièrement au Centre des Formations Industrielles (CFI), organisme de formation dédié aux entreprises de maintenance. Dans ce cadre, il dispense des cours technologiques aux étudiants des filières énergétiques (Bac pro, BTS et ingénieur) en climatisation, régulation et production de froid. En parallèle, il développe et anime des stages dans le cadre de la formation continue en génie climatique, pour des entreprises ou des organismes comme AFORTECH et l’ADEME. De par son expertise, Léoric LE ROY est intervenu lors d’un atelier organisé par l’ADEME le 28 novembre 2013 sur le renouvellement de l’air. Dans le cadre de cette interview, il revient plus en détail avec nous sur cette thématique, ses leviers de réussite et ses enjeux.

 

M. LE ROY, à propos de la qualité de l’air intérieur, quelles évolutions avez-vous observées ces dernières années ? 

Quand on parlait de qualité de l’air intérieur auparavant, la réflexion se concentrait surtout en termes de température, d’hygrométrie et d’apport d’air neuf. Mais la recherche a fait évoluer les techniques de détection, il est aujourd’hui possible de mettre en lumière des polluants que l’on ne maîtrisait pas avant : CO2, radon et COV, entre autres. 

Ces nouvelles sondes permettent donc un traitement de l’air approprié. Il convient de remarquer que les derniers pics de pollution sont perçus et surveillés parce qu’on a désormais les outils pour les mesurer. L’ensemble de ces progrès sont désormais à démocratiser. 

Les acteurs du bâtiment font beaucoup d’efforts aujourd’hui, que ce soient les fabricants d’éléments d’ameublement ou les fabricants de matériaux de construction, sur les substances qui sont ciblées depuis quelques années par la réglementation. Selon moi, on a maintenant les moyens d’améliorer la qualité de l’air intérieur et la problématique de santé publique qui y est associée (90% de notre temps est passé en milieu clos). Il reste un gros travail à effectuer sur la pollution de l’air extérieur.

Et concernant le renouvellement de l’air ?

D’un point de vue historique, notons que la France est en pointe dans le domaine du renouvellement de l’air, avec notamment des premières règles dès 1937 sur la ventilation des locaux. Selon une vision simplifiée, disons que la ventilation correspond au déplacement de l’air d’un point A à un point B. Ceci peut être fait soit de façon naturelle, soit de façon mécanique via un ventilateur qui alors consomme de l’énergie. On évoque ici  notamment les systèmes VMC par extraction ou insufflation. Avec la détection de nouveaux polluants et la mise en place de la RT 2012, Il est logique que les techniques de ventilation et les normes en vigueur évoluent en conséquence.

Comment cette démocratisation peut-elle être permise ? 

La démocratisation passe en premier lieu par la mise en place d’une législation, qui force l’ensemble des acteurs à s’adapter. En particulier dans le bâtiment, on peut parler d’un brainstorming permanent en France avec les évolutions de la réglementation thermique. Les industriels essayent certes d’anticiper mais ceci n’est pas simple. La réglementation européenne joue aussi un rôle, et beaucoup de normes sont en place. Néanmoins, leur application peut être très disparate selon les pays, ce que j’ai eu l’occasion de constater dans le cadre des projets européens ENERGY+ et JUBILEE auxquels le CFI participe .

Bien que la RT 2012 soit très ambitieuse dans la maitrise des consommations d’énergie des bâtiments, elle doit aussi valoriser au mieux certaines innovations techniques. Citons par exemple le système Navair, qui permet  une ventilation naturelle par induction d’air . Ce système de ventilation, parfaitement adapté à la rénovation n’est pas assez valorisé par la Réglementation Thermique, comparé aux systèmes de Ventilation Mécanique Contrôlée. Rappelons que le principal avantage des ventilations dites « naturelles » est leur faible consommation d’énergie.

Attention, les systèmes de VMC ont fait eux aussi d’énormes progrès, avec l’intégration des systèmes électroniques de commande et de puissance, l’amélioration de l’efficacité des moteurs, la récupération d’énergie etc. On peut par exemple citer le moteur Microwatt, qui permet de satisfaire les exigences de la RT 2012 avec succès ou la démocratisation des bouches Hygro-règlables.

Pour vous, quels sont ainsi les améliorations possibles du côté des professionnels ? 

A la conception, le choix d’une technologie de ventilation pour le renouvellement de l’air s’axe fréquemment sur le cout de l’investissement et de la mise en place. Il est cependant très important d’intégrer les couts énergétiques et les couts la maintenance futurs du dispositif qui est mis en œuvre.

Aujourd’hui, nous disposons d’outils, qui permettent de modéliser le fonctionnement de ces systèmes, en intégrant des paramètres tels : les caractéristiques du bâtiment, son âge, son utilisation (résidentiel, tertiaire, etc.) ainsi que la région géographique dans laquelle il s’insère. 

Sur ce dernier point, soulignons que les bases de données météorologiques sont désormais très détaillées et permettent avec les éléments cités ci-dessus, de dimensionner au mieux le système de ventilation le plus adapté. Par exemple, la généralisation de la VMC double flux ne se justifie pas systématiquement. Dans des régions comme la Bretagne, où les différences de température été/hiver avec l’ambiance sont relativement faibles, le double flux et la récupération statique sont peu pertinent et engendre des consommations d’énergie superflues qui augmente le temps d’amortissement du système. A l’inverse, si l’on prend des territoires au climat plus continental, avec des variations de température plus importantes, le double flux devient bien plus pertinent. Dans l’ensemble, ces outils de modélisation sont encore sous-utilisés à l’heure actuelle.

En définitive, il est donc prioritaire de bien informer et de bien former les différents acteurs sur l’intégration du système de ventilation dans le bâtiment et dans son environnement. Comme sur beaucoup d’autres aspects du secteur de la construction et de la rénovation, cela revient en fait à considérer le cycle de vie complet du système.

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