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Focus : le bâtiment passif Futur'en Seine à Rouen

M. Jean-François Brouilliez est responsable de la maîtrise d’ouvrage d’exécution de CIRMAD Prospectives. Il a encadré la construction du bâtiment Futur’en Seine, premier immeuble de logements passifs de Haute-Normandie. Nous revenons avec lui sur la transformation urbaine initiée par ce bâtiment au sein de l’écoquartier Luciline, à Rouen.

M. Brouilliez, on parle beaucoup de bâtiments basse consommation, passifs ou à énergie positive. Où se situe Futur’en Seine parmi toutes ces dénominations ?

JFB : La réglementation actuelle, c’est-à-dire la RT 2012, requiert de toute nouvelle construction qu’elle soit a minima au niveau « BBC ». Futur’en Seine va au-delà de ces exigences car ses performances énergétiques atteignent un niveau RT 2012 – 40%. Il a été certifié par Promotelec comme étant un bâtiment « BBC-Effinergie » mais dans les faits, avec une telle performance et une certification de -40% de l’ADEME, on peut le qualifier de bâtiment passif.

 Quels moyens techniques ont été mis en place pour atteindre ce niveau de performance ?

JFB : Le principal levier sur lequel nous avons joué est celui de l’enveloppe extérieure. Un voile béton vertical avec un prémur isolé a été mis en place. Celui-ci est composé de plusieurs couches d’épaisseur variable, dont une peau matricée de 7 cm, un isolant de 12 cm, un vide de coulage de 12 cm et enfin une paroi intérieure de 6 cm. Un isolant intérieur d’environ 6 cm d’épaisseur complète ce voile béton.
Sur le reste des éléments de construction, nous nous sommes principalement basés sur les leviers du BBC, que ce soit en termes de menuiseries ou d’équipements techniques. Les 40% supplémentaires relatifs à la performance énergétique viennent principalement du voile béton. Si l’on compare à une construction traditionnelle avec un voile béton d’environ 20 cm avec 12 cm d’isolant, le voile béton et les multiples couches que nous avons mis en place correspondent à une épaisseur de 43 cm au total. Le prémur permet de réduire une majorité des ponts thermiques. Pour se rendre compte de l’efficacité de cette enveloppe, les résultats de nos mesures concernant le coefficient de perméabilité à l’air sont de 0,32 m3/h.m², contre 1 m3/h.m² selon les seuils réglementaires.

 Ce n’est pas la seule particularité de cette isolation, non ?

JFB : En effet, il convient également de souligner que le prémur était préfabriqué en usine. Forcément, cela nous a forcé à remettre en cause notre façon de construire. Par exemple, en terme de délais, nous avons dû finaliser les études de conception plus en amont que d’habitude, car le délai de préfabrication est plus long. Également, une fois la commande passée, il était impossible de modifier la quantité demandée. Nous ne pouvions pas rectifier tout cela sur le chantier, et la mise en œuvre des panneaux était spécifique. La logistique en termes de transport était elle aussi particulière. Le système en soi a eu de gros impacts sur le chantier.

 Disposez-vous de premiers retours des occupants ?

JFB : L’immeuble n’est occupé que depuis courant novembre. Nous nous sommes cependant entendus avec les différents partenaires du projet (ADEME, Ville de Rouen, bailleur social) pour analyser et suivre les consommations du bâtiment à 1 an. Une autre initiative qui a été mise en place est la possibilité pour les utilisateurs de suivre leurs consommations d’énergie. En effet, un dispositif a été implémenté pour chaque logement, permettant aux locataires de suivre sur Internet leurs consommations énergétiques, distinguées selon eau chaude sanitaire, chauffage, électricité lumière, électricité autre et consommation d’eau froide. Les informations qui leur sont transmises sont traduites en impacts monétaires.

 Futur’en Seine s’insère de façon plus large dans l’écoquartier Luciline. Comment cela se concrétise-t-il ?

JFB : Nous étions les premiers à nous implanter sur la zone. De ce fait, nous avons eu quelques imprévus à surmonter au cours du chantier, comme par exemple l’obligation de se raccorder au chauffage urbain prévu pour la ZAC, cedernier ayant été opérationnel en même temps que le bâtiment. Mais être les premiers à nous insérer sur la zone nous a permis de contribuer à la formalisation de la politique de développement d’un quartier, qui est de surcroît énergétiquement performant. S’insérer dans un projet à une échelle plus grande que celle d’un bâtiment isolé est évidemment plus complexe. Plus d’interlocuteurs, et donc de voix, sont à concilier autour de la table. Cependant, toutes les parties prenantes ont appris de ce projet, et on constate que c’est avec la volonté de chacun que l’on parvient à créer un tel projet de développement durable à l’échelle d’un quartier.

 

Photo © Patrice LEFEBRE

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