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Entretien avec M. Delescluse : 5 ans après la construction de sa maison passive

PARTIE I : UN BILAN DES DERNIERES ANNEES

M. Delescluse, comment apprend-on à vivre dans une maison passive ?

QD : Il suffit d’y habiter ! Il y a moins de choses à faire au jour le jour que dans une maison classique. C’est nettement plus facile. Si j’ai trop chaud en été j’ouvre les fenêtres comme tout le monde ! Je n’ai pas de radiateur à allumer ou à éteindre mais seulement un appoint de chaleur automatique que j’ai réglé à une température grâce à la VMC thermodynamique. En effet, je n’ai aucun thermostat ni de chaudière ce qui veut dire: aucune panne de chaudière, aucun plein de fioul à faire, aucune panne électrique dut à un radiateur en panne et donc beaucoup moins d’entretien  que dans une maison classique.

Vous dites sur votre site internet être « plus confortable » que dans une maison traditionnelle. Pourquoi et comment ? Quelles habitudes ont changées en comparaison d’une maison passive ?

QD : Je trouve qu’une maison passive est plus confortable car il y a nettement moins d’écart de températures entres les pièces, on y ressent une certaine homogénéité. Dans une maison classique en particulier, les murs sont froids et les radiateurs chauds, ce qui cause un flux thermique désagréable. Prenons l’exemple du repas de Noël : les uns vers la cheminée sont en tee-shirt, alors que les autres en bout de table sont en pull-over ! Cela n’arrive pas dans une maison passive.

Les objectifs énergétiques ont-ils été atteints ? Avec quelles économies, quel retour sur investissement ?

QD : Les objectifs énergétiques ont été atteints tout de suite et nous sommes à une consommation d’énergie primaire pour le chauffage inférieure à 15 kWh/m²/an ! La CEP globale de la maison était de 61 kWhep/m²/an en 2013 et 47 kWhep/m²/an en 2014, alors que la valeur imposée par le label Passivhaus est de 120 kWhep/m²/an. Énergétiquement, le bilan est donc plus que satisfaisant. Concernant l’aspect financier, au premier abord, on constate une économie d’énergie de 1600 euros pour la première année contre un surcoût de 85 000 euros à l’investissement... Cependant, il est important de noter que plusieurs facteurs rentrent en compte pour établir le calcul des économies réelles engendrées. Il faut notamment inclure le surcoût de l’emprunt dû aux intérêts supplémentaires. En revanche, on peut aussi prendre en compte l’inflation sur les prix de l’énergie (TVA et abonnement EDF inclus) ce qui représente environ 4,5% d’inflation par an. J’ai également pu bénéficier de plusieurs aides financières significatives, telles qu’un crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt pour les logements BBC, le crédit d'impôts pour les panneaux solaires et la cuve d’eau de pluie, ainsi que l’aide financière fournie par le programme PREBAT de l’ADEME Haute-Normandie (NDLR : le projet de M. Delescluse était un lauréat du premier programme PREBAT en 2010 [lien vers la fiche projet). Au global, j’estime que le retour sur investissement pourrait être autour de 17 ans selon l’inflation du coût de l’énergie, et ce sans compter la possible survalorisation à la revente de cette maison grâce à l’étiquetage DPE. Il s’agit donc d’un retour sur investissement très intéressant !

 © Quentin Delescluse

PARTIE II : LA GENESE DU PROJET

M. Delescluse, pourquoi vous êtes-vous lancé dans une telle démarche, avec quels soutiens et quels freins ?

QD : Mon épouse et moi-même sommes entrés dans la vie professionnelle en 2004. Nous souhaitions d’emblée mettre à profit nos convictions environnementales en construisant une maison énergétiquement exemplaire, une maison passive. Toutefois, en 2005, rien à signaler (ou presque) sur le sujet ! Le concept émergeait à peine. Pendant cinq ans nous avons donc été dans les phases préliminaires notre projet, à chercher un terrain, le permis de construire, un maître d’œuvre, etc. Autant dire que les soutiens étaient rares. Les banques ne prenaient pas en considération les économies potentielles pour un projet dont le surcoût était de 40% à la construction. Le soutien de nos proches était timide au vu des risques que nous prenions. Les autorités publiques ont parfois été réfractaires au projet, et nous avons dû faire des concessions sur le plan architectural en particulier. Et enfin, les entreprises capables de nous accompagner étaient très rares. Nous avons finalement trouvé « Les Airelles », une entreprise du Pays de Bray qui avait de l’expérience dans le PHPP , et qui nous a très bien accompagnés.

Quels ont été les moyens mis en œuvre pour atteindre un tel niveau de performance ?

QD : « Les Airelles » avait déjà construit plusieurs maisons labellisées Passivhaus, ce qui leur a permis de mettre en place un procédé standardisé. La maison passive nécessite quatre leviers majeurs pour atteindre le niveau de performance attendu : l’isolation, l’étanchéité à l’air, la ventilation et les apports solaires. En ce qui concerne l’isolation, nous avons simplement joué sur la quantité des éléments, à savoir 40 cm d’isolant et du triple vitrage. À noter que nous sommes restés assez « classiques » en termes de matériaux utilisés, afin de rester dans un budget encore raisonnable. Pour l’étanchéité à l’air, c’est un travail plus conséquent et un savoir-faire qui gagnerait à être mieux maîtrisé en France. Cette méthode consiste à passer toute l’enveloppe au crible vis-à-vis des écoulements d’air parasites : les jonctions entres les murs, les angles, les entrées des réseaux électriques, la jonction avec le toit, etc. C’est un travail extrêmement minutieux. Concernant la ventilation, nous avons mis en place une VMC double flux, ce qui avec le recul constitue la norme aujourd’hui. Enfin, le dernier levier est l’orientation nord/sud de la maison, qui permet de maximiser l’apport solaire passif. Cela relève simplement du bon sens pour le coup.

Quelles différences existent entre aujourd’hui et il y a cinq ans quand on souhaite construire une maison passive ?

QD : Le contexte pour entreprendre une telle démarche n’a pas tellement connu de grands bouleversements depuis cinq ans. Les artisans et constructeurs arrivent petit à petit. Je ressens malgré tout moins de résistance de la part des gens qui connaissent davantage la maison passive qui savent qu’elle fonctionne. De même, le nombre de maisons passives sur le territoire a augmenté. A l’époque, il y en avait aucune dans l’Eure et moins de 100 en France, aujourd’hui on en compte plus de 1 000. Il faut tout de même dire que c’est relativement plus simple d’entreprendre un tel projet maintenant, notamment grâce à la création du syndicat de la maison passive.  Cependant, cela demeure encore trop confidentiel car peu d’entreprises offrent ce type de services. C’est la raison pour laquelle je suis actuellement en train de monter mon entreprise pour faire de la maîtrise d’œuvre passive.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans la même démarche ?

QD : Il faut de la persévérance mais le jeu en vaut la chandelle. Ma porte est grande ouverte à quiconque souhaite se lancer dans une telle démarche. Je serais ravi de pouvoir les conseiller !

© Quentin Delescluse

Pour plus d’informations sur l’initiative de M. Delescluse, de la genèse de son projet au suivi régulier de ses consommations énergétiques, rendez-vous sur son site internet : http://goodbye-kwh.com/

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